Extraits du livre "Bienvenue dans mon cerveau d’ "Aspergirl (Femme autiste Asperger)" !

 

PREFACE

 

J’ai rencontré Manon il y a plus de 10 ans, peu avant qu’elle ne soit diagnostiquée bipolaire. J’ai lu ses livres et ai suivi son parcours pour apprendre à vivre avec un trouble de l’humeur. Sa façon de se coltiner avec ses difficultés et de ne jamais renoncer à trouver ce qui est le mieux pour elle force le respect. Les diagnostics s’étant suivi sans se ressembler, il eût pu être tentant pour elle de lâcher l’affaire, et de s’en remettre au « corps médical ». Mais non, Manon a su avant toute chose, malgré ses doutes, malgré une confiance en elle toute relative, faire confiance à son corps et aux messages qu’il lui envoie.

Je suis donc très honorée aujourd’hui qu’elle m’ait invitée à préfacer cet ouvrage. Bien que non spécialiste du syndrome d’Asperger, je m’interroge souvent quant à la meilleure façon d’aider des personnes souffrant d’hypersensibilité et/ou de douance (qui implique le plus souvent une hypersensibilité sensorielle et émotionnelle).

Loin de n’être qu’un « don », hypersensibilité et douance sont sources de grandes angoisses et peuvent appeler des conduites auto-calmantes à court terme mais problématiques à long terme comme le recours à des produits psychoactifs, des conduites addictives, des conduites de contrôle, des TOC, un retrait social… Parce que les personnes qui en sont dotées sont bien souvent de bonnes élèves, de bonnes collègues, de bonnes collaboratrices, de bons médecins etc., elles sont bien souvent condamnées à souffrir en silence d’un sentiment d’inadéquation, pouvant produire une mésestime de soi, voire une détestation de soi.

Les liens entre hypersensibilité sensorielle et émotionnelle, douance, angoisse, et les conduites autocalmantes qui en découlent sont encore trop mal connus, et leurs manifestations mal repérées. Cela occasionne chez les personnes qui les vivent un grand gâchis de créativité, de sensibilité, d’énergie, un grand gâchis de talents qui ne pourront s’exprimer pleinement, et plus globalement un grand gâchis de vies arrêtées ou diminuées.

C’est pourquoi il est essentiel de contribuer à faire connaître ces différents fonctionnements, et le témoignage de Manon y contribue. Grâce à son écrit, nous pouvons mieux nous représenter ce qui se passe dans la tête d’une personne surdouée, voire présentant des traits autistiques. Nous pouvons comprendre quelque chose de cette articulation entre un système sensoriel vite saturé générant des expériences de souffrance et d’angoisse extrêmes d’un côté, et de l’autre : des stratégies de retrait social, ou émotionnel, vécues comme un handicap, mais aussi des capacités exceptionnelles sur le plan intellectuel, sensoriel ou émotionnel, constituant sans aucun doute une richesse potentielle.

Mais le témoignage de Manon stimule notre réflexion d’aidant (que l’on soit soignant ou proche) bien au-delà me semble-t-il.

 

D’abord parce qu’il nous invite à considérer le chemin thérapeutique comme une co-création entre la personne en souffrance et les aidants : ainsi qu’elle le relate dans son premier livre témoignage « Moi, Manon, bipolaire – de l’enfer à mon chemin de liberté », Manon a mené une quête opiniâtre pour rester dans une dynamique de guérison, notamment lorsque le premier diagnostic de troubles bipolaires est tombé. La thérapeutique habituelle de la bipolarité, considérée comme incontournable, passe par un traitement allopathique que Manon a très mal supporté. Entre les désagréments d’une humeur yo-yo et ceux d’un traitement intoxicant, il lui a fallu beaucoup de force pour ne pas renoncer à l’espoir d’aller mieux un jour. Elle a refusé de déléguer à quiconque la question de ce qui était acceptable comme effets secondaires pour elle et ce qui ne l’était pas. Elle n’a cessé de chercher les conditions nécessaires selon elle à son équilibre, se considérant comme la mieux placée pour apprécier le meilleur compromis pour elle entre thérapeutique et effets secondaires, et donc pour décider après avoir pris connaissance des différentes options thérapeutiques possibles, de la meilleure thérapeutique pour elle (thérapeutique étant entendu ici au sens large).

 

Ensuite, parce qu’il réinvite le spirituel : il est interpelant d’apprendre que ce parcours singulier aboutit pour Manon à considérer le divin comme le thérapeute ultime. Le spirituel pourrait donc avoir quelque chose à voir avec la santé mentale ?

Ce point de vue peut irriter nos postulats cartésiens et nos paradigmes psychologiques habituels (qui associent vite crise mystique et épisode délirant), même s’il est loin d’être isolé : de nombreuses communautés ou approches thérapeutiques ayant fait leurs preuves ont déjà franchi ce pas, et avec succès de surcroît. Quel thérapeute n’a jamais eu vent de l’incroyable travail réalisé par les alcooliques anonymes qui invitent à s’en remettre chaque jour à Dieu, ou pour ceux qui n’ont pas la foi, à une puissance supérieure ?

Pour Jung, l’expérience spirituelle est même constitutive de l’humain : « Au niveau de profondeur où le Soi, centre et totalité de l’âme, est impliqué, l’homme est directement confronté au sacré comme puissance, par-delà les dogmes et les croyances » (« Jung et la question du sacré », Ysé Tardan-Masquelier, Albin Michel, Janvier 1998). Tobie Nathan quant à lui explique sur le site ethnopsychiatrie.net qu’il « propose des dispositifs et des constructions théoriques qui permettent d’envisager un monde commun où cohabiteraient psychiatrie, lieux de soin religieux et guérisseurs ». Sans compter l’engouement plus récent pour les thérapies de pleine conscience, directement issues faut-il le rappeler de la tradition bouddhiste (non théiste, mais néanmoins fondamentalement spirituelle).

Bref, au-delà de la réponse personnelle que Manon apporte à ses souffrances, son texte apporte de l’eau au moulin de ceux qui nous invitent à réinviter le spirituel dans le champ de la souffrance psychique et à reconsidérer la question des limites du « psy » et du « spi » avec pragmatisme, y compris lorsque l’on se trouve face à des troubles ou des pathologies dont le substrat organique nous semble indiscutable.

Et sans renier nos bases, sans renoncer à encourager la personne souffrante à ne pas se satisfaire d’un équilibre de vie trop restreint s’il nous semble en notre âme et conscience que d’autres thérapeutiques existent, ce texte nous encourage à beaucoup d’humilité et beaucoup d’ouverture dans la posture de l’aidant. Cette ouverture doit être une base, une évidence, un essentiel…

Merci à Manon de rafraîchir notre détermination à accepter les limites de notre intervention et l’étendue de notre ignorance !

Christine Chiquet
Psychopraticienne

 

 

INTRODUCTION

 

L’histoire se répète mais ne se ressemble pas…

Une nouvelle fois, je peux écrire que « suite à la publication de “Moi, Manon, bipolaire – de l’enfer à mon chemin de liberté”, témoignage de ma vie et de ma foi, en 2012, j’ai reçu de très nombreux mails de lecteurs, tous plus émouvants les uns que les autres. J’ai entre autres reçu un mail renversant de… » non pas Elisa, mais Eric, dont je cite un extrait : « Dis moi Manon, as-tu déjà pensé que tu pourrais être Asperger ? Je ne dis pas ça pour poser un diagnostic, mais parce que je connais bien le sujet puisque j’ai été diagnostiqué Asperger. Parfois, certains des troubles, la façon de penser que tu relates dans ton ouvrage me le suggèrent. En fait, à la fin de la lecture de ton livre, c’est ma femme qui m’a dit tout de suite : « Je me demande bien si elle n’est pas autiste Asperger, elle m’a tout l’air de l’être ! »

Je me suis alors documentée un maximum sur la thématique des autistes Asperger, ce qui m’a grandement interpellée ! Puis j’ai consulté plusieurs psychiatres spécialisés dans l’Autisme Asperger.

Eric, qui est devenu mon ami depuis, avait bien raison : je suis autiste Asperger, surdouée (et ex-bipolaire) !

Cet ouvrage a pour but de vous permettre de pénétrer dans mon cerveau d’« Aspergirl » (femme avec un syndrome d’Asperger). J’espère que ce voyage vous sera agréable et que vous en ressortirez juste un petit peu différent !

Bienvenue chez moi…

En annexe 1, vous pouvez trouver un résumé de ce qu’est le syndrome d’Asperger, et en annexe 2, un texte très complet de l’association Autisme France qui décrit très bien ce qu’est le syndrome d’Asperger, comment il se manifeste dans la vie de tous les jours, etc.

Cet écrit m’a beaucoup éclairée par rapport à ma vie.

 

Commentaires (2)

Manon CORVOISIER
  • 1. Manon CORVOISIER | 29/12/2016
Bonjour Marie !
Merci infiniment pour votre message qui me touche énormément. En effet, mon parcours a été très riche d’enseignement, et de sagesse aussi, j’espère ! ;-)
Oui, en effet, les manifestations du SA sont très différentes chez un homme et chez une femme. Non, malheureusement, je n’ai pas publié d’article sur ce point précis.
Personnellement, ce qui m’a ouvert les yeux sur le SA me concernant (en tant que femme !) a été l’excellent livre de Rudy Simone : « L’Asperger au féminin » chez De Boeck.
Bien cordialement,
Manon CORVOISIER
Marie
Bonjour Manon, je connais plutôt bien le syndrome d'Asperger dans ses généralités pour avoir accompagné dans sa vie mais aussi dans son diagnostic une personne chère à mon coeur. Néanmoins, j'aimerais comprendre en quelques lignes ce qui différencie le SA chez un homme et le SA chez une femme, car je suis persuadée que les manifestations en sont très différentes. Avez-vous quelque part publié un article sur ce point précis ? Merci à vous si vous pouvez m'en fournir le lien. A vous voir tellement rayonnante sur la photo de votre profil on peut deviner que votre parcours a été riche d'enseignement et de sagesse. A vous lire ... Bien cordialement. MdA.

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