Extraits du livre "Moi, Manon, bipolaire - De l'enfer à mon chemin de liberté"

REMERCIEMENTS

Merci à mon ami Christian qui m’a incitée à écrire ce livre et qui m’a magnifiquement accompagnée dans cette enthousiasmante aventure.


Merci à tous les psychiatres que j’ai fréquentés de m’avoir permis de constater que les médicaments tels que les antidépresseurs, thymorégulateurs, anxiolytiques, somnifères, etc. ne m’apprécient pas, à moins que ce soit moi qui ne les tolère pas physiologiquement !


Merci aux nombreux psychologues qui m’ont aidée à faire le deuil de la jeune cadre dynamique que je ne suis plus, à accepter mon handicap, à me découvrir toujours davantage, et à vivre l’instant présent, « hic et nunc » (ici et maintenant), quelle que soit ma thymie (mon humeur) !


Merci aux psychiatres et aux psychologues qui animent des groupes de psycho-éducation pour les bipolaires. Les thèmes en sont par exemple : « Qu’est-ce que la maniacodépression et comment vivre avec ? », « Troubles bipolaires et gestion du stress », « Maniaco-dépression et estime de soi ». Grâce à ces sessions, j’ai appris à connaître, à m’adapter, et à juguler les troubles qui m’affectent dans le but de m’auto-soigner.


Je suis tout particulièrement reconnaissante au Docteur Christian Gay pour les groupes de psycho-éducation qu’il anime excellemment, avec un grand dévouement, dans une ambiance tout à la fois studieuse et détendue !


Merci à ceux qui ont contribué à l’essor des danses de couple, à mes partenaires, ainsi qu’à mes élèves.


Merci à ceux qui m’ont massée et que j’ai massés.


Merci à Antoine-Joseph dit Adolphe Sax, facteur d’instruments, soliste, acousticien, compositeur, chef d’orchestre, pédagogue et éditeur. Ce luthier aussi brillant qu’obstiné apporta à la musique, entre autres, les familles des saxhorns, des saxtrombas et bien sûr des saxophones !
Merci aux musiciens et au « joyeux Big Boss du Big Band » dont je fais partie.


Merci aux relecteurs de mon « tapuscrit ».


Merci au Pasteur de mon Église pour son accompagnement spirituel.


Merci à mon « Pote-en-Ciel », l’Emmanuel.


Merci à tous ceux qui m’aident et m’aiment telle que je suis, pour ce que je suis !

 

 

INTRODUCTION

Cet ouvrage relate exclusivement mon vécu, mon parcours chaotique parsemé de harcèlement moral, mais aussi de joie ! Je vous partage surtout les moyens par lesquels je m’extirpe de mon passé douloureux, et fais face à la bipolarité, sans détours, de façon authentique. Je caresse l’espoir de vous encourager si vous souffrez, de vous informer, voire de vous faire sourire !

J’aspire à vous donner des pistes d’amélioration si vous êtes dans la détresse.

Osez croire que donner un sens à l’insensé, sortir du gouffre malgré les échecs et les rechutes, grâce à une persévérance inébranlable, est possible.

 

Bienvenue dans mon cerveau maniaco-dépressif !

 

Tout d’abord, sachez que les troubles bipolaires ne constituent en aucune façon une faiblesse de caractère, ne relèvent pas de la simple volonté, mais correspondent à un dérèglement neurobiologique : c’est une maladie ! À une vulnérabilité génétique s’ajoute une fragilisation au cours de l’enfance et de l’adolescence (due à des situations de carence affective, de perte, de maltraitance, etc.) qui constitue une vulnérabilité psychologique. Ensuite, l’environnement joue le rôle de détonateur par le biais d’événements pénibles, de situations stressantes qui déclenchent le cataclysme des troubles.

En outre, la maniaco-dépression est une maladie chronique (« incurable » ?) et mortelle puisque 15 % des personnes qui en sont atteintes mettent fin à leurs jours, ce qui est considérable. De plus, le taux de mortalité des bipolaires est deux fois plus élevé que dans la population générale, non seulement à cause des suicides, mais aussi des conduites à risque, des pathologies cardio-vasculaires, etc.

 

Pour moi, souffrir de maniaco-dépression est comparable à conduire une voiture qui roule à la vitesse d’une tortue anémiée, voire tombe en panne, m’obligeant à la pousser, de préférence avec l’aide d’autrui : c’est une illustration des dépressions. Tout à coup, le moteur du véhicule s’emballe, d’où la nécessité urgente de freiner au maximum : c’est une image des phases maniaques.

Cette expérience est véritablement épuisante à vivre au quotidien, surtout lorsqu’elle dure !

De plus, me concernant, il en était ainsi au début de la maladie. Mais cette dernière a ensuite évolué vers une forme beaucoup plus complexe avec notamment des épisodes mixtes comportant simultanément des éléments de dépression et de manie : la « machine » freine et accélère en même temps !

 

Ainsi, lors d’un épisode dépressif, je doute de tout, ce qui me prive d’une énergie phénoménale ! Je me lance dans une activité, puis l’arrête subitement, prise d’hésitation tenace, ou bien, je suis distraite par quelque chose sans importance, ce qui parasite l’action entreprise. Je me pose aussi un nombre exorbitant de questions sur les tâches à effectuer, même les plus anodines : « Quand, pendant combien de temps, comment faire ceci, cela ? Le fais-je correctement ? Dois-je recommencer, ou demander de l’aide ? »

La fiabilité de mes capacités est tellement aléatoire que m’engager pour quoi que ce soit relève d’une véritable prouesse. Travailler rapidement, efficacement, est alors hors de ma portée !

Je suis très insécurisée par le désordre et la saleté. Je suis obsédée par le fait de ranger, trier, utiliser ou non tel ou tel objet. Je crains effectivement d’abîmer, de salir, de trop consommer (même de l’eau ou du papier), de gâcher ne serait-ce que la moindre miette.

Je vis ma vie au minimum en veillant à occuper le moins de place possible.

 

Paniquée, paralysée par des peurs, je suis incapable de suivre une conversation, car je suis ailleurs, ne comprenant même plus les paroles échangées. J’ai l’impression d’être débile !

Penser que le temps passe et que ma vie s’étiole m’angoisse. En outre, je culpabilise car j’ai physiquement et matériellement « tout pour être heureuse ». J’ai même le privilège d’être entourée par une famille et des amis qui m’apprécient énormément.

Toute information nouvelle telle qu’un coup de téléphone, une lettre, etc. me stresse. J’ai en effet du mal à discriminer ce qui est digne d’intérêt, voire prioritaire, de ce qui est sans importance. Or, il me faut bien répondre aux diverses sollicitations !

Tout « cadeau » m’est un fardeau. Je dois de fait décider si je le garde ou non, où je le range, et, si c’est une lettre, combien de fois je la lis, car une seule fois ne suffit pas !

Je me demande obstinément à quoi je devrais penser : au passé, pour bien intégrer ce que l’ai lu ou entendu, ou à l’avenir, afin d’essayer de planifier un minimum le futur ? Je n’habite pas le présent.

Ma confusion mentale est inénarrable, annihilante. Je suis complètement déconnectée de mon environnement tant physique qu’humain.

En fait, je suis triste bien sûr et je pleure abondamment sans raison externe. Mais aussi, mon cerveau et mes sens sont comme bloqués, mon âme est pétrifiée : impossible de penser, de raisonner, de me concentrer !

Ma souffrance est incommunicable. La vie me semble absurde. Je préférerais ne jamais être née !

 

Au cours d’une phase de manie, je ne doute de rien, j’ai une énergie débordante, je suis dans un état d’excitation, voire de surexcitation. Celle-ci peut-être désagréable lorsqu’elle se manifeste physiquement par des tremblements, une tachycardie, etc., et mentalement par une accélération inouïe de la pensée (tachypsée), des idées décousues, une grande prolixité (logorrhée), des compulsions diverses (achats, alimentation, kleptomanie, etc.).

Maniaque, je suis excessivement dynamique, euphorique, comme si j’étais droguée. En effet, des bipolaires qui ont consommé de la cocaïne affirment que l’état maniaque procure des sensations au moins dix fois supérieures à la prise de drogues dures ! Moi qui n’ai jamais touché aux stupéfiants, je sais que cela n’en vaut pas le coup, car je serais déçue. En état de manie, tout me semble alors merveilleux, unique. « Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles », selon la maxime de Voltaire dans Candide. Je déplore que les autres ne soient pas aussi enthousiastes que moi ! Je me sens en harmonie totale avec mon environnement humain et matériel. J’ai l’impression formidable d’avoir enfin trouvé ma place, et que celle-ci s’épanouira avec le temps.

Je suis indépendante, sûre de moi, totalement unique, voire invincible. Assurément, tout le monde me respecte et m’apprécie, tant je suis sympathique, attachante, voire charismatique !

Je découvre systématiquement des nouveautés, parfois infimes, même dans des endroits connus. Je suis en effet encline à la découverte, tous mes sens étant exacerbés. Ma vie en est intensifiée, pour mon plus grand plaisir ! Je dispose d’un regard neuf sur les choses, les gens, tout ce qui m’entoure.

Je me sens en telle synchronicité avec mon environnement que j’ai l’impression de changer le monde. Ce dernier devrait même être conçu pour moi et s’adapter à ma personne afin de me mettre davantage encore en exergue.

En fait, non seulement tous mes sens sont amplifiés, mais aussi mes émotions. Mon humeur est exaltée et mon activité intellectuelle est particulièrement féconde.

Je me sens indispensable, admirable !

 

Ma « niaque anti-polaire »

 

Depuis que je sais que je suis atteinte de troubles bipolaires, je peux nommer ma « folie ». Je la connais. J’en ai donc moins peur. Je l’apprivoise même par la mise en place de mes thérapies personnelles non pharmaceutiques que je développe tout au long de ce livre. Je complète celles-ci avec des outils qui m’ont été enseignés en psycho-éducation. Ces derniers sont les suivants :

Tout d’abord, je renseigne un diagramme quotidien de mon humeur en cotant ma thymie (état maniaque, dépressif, ou stable : normothymie) de « -3 » à « +3 ». Ceci me permet le cas échéant de déclencher immédiatement un plan anti-dépression ou anti-manie. Cela s’avère très fructueux. Je ne m’égare plus en effet dans les extrêmes : je me stabilise de façon satisfaisante (entre « -1 » et « +1 » sur mon tableau). Mes hauts et mes bas sont compatibles avec une vie « normale » (mais qu’est-ce que la normalité ?), ou plutôt « acceptable » : je fais tout pour ne pas souffrir exagérément, ou mieux, pour être dans la joie le plus souvent possible (même malgré la souffrance !).

De surcroît, tous les jours, je tiens un agenda de mon sommeil sur lequel j’indique mon heure de coucher, mon heure d’endormissement, la qualité de mon sommeil, celle de mon réveil, la forme de ma journée, etc. Un sommeil réparateur est de fait un élément fondamental pour aspirer à une humeur stable ! Par exemple, il est bien connu que l’insomnie constitue le « lit » de la manie…

 

J’ai aussi à coeur de contribuer à déstigmatiser les malades psychiques qui endurent déjà trop à cause de leur handicap.

Puissiez-vous les « adopter », les « voir avec votre coeur » ! « L’essentiel est invisible pour les yeux. On ne voit bien qu’avec le coeur » : Antoine de Saint-Exupéry dans Le Petit Prince.

 

Mes conseils aux bipolaires ?

Faites confiance, persévérez, espérez toujours contre toute espérance !

Choisissez la vie, et non la mort, malgré la maniacodépression !

Soyez le porte-parole de ce que vous vivez, pour en aider d’autres ! Vous êtes tous utiles…

 

Il est une foi qui permet de déplacer des pôles : je la vis ! Pôle blanc : lumineux, maniaque. Pôle noir : dépressif, ténébreux. J’aspire à une « vie arc-en-ciel », avec mon « Pote-en-Ciel » qui, plus que tripolaire (« trois en un ! »), est omnipolaire !

N’être « que » bipolaire est décidément trop réducteur : je ne suis pas un interrupteur ! « Dépressive » ? Au contraire, quand je suis « en bas », c’est une « surpression », un « overstress » qui m’oblige à me terrer dans mon trou de souris (d’ailleurs, « Sourinette » est mon surnom) !

« Maniaque » (du latin « maniacus », forme adjectivale de « mania » : « folie ») ? Une fois regrimpée « en haut », je ne suis pas psychotique (ni délires, ni hallucinations), mais j’ai surtout la « niaque » !

 

La foi est une autre manière de percevoir le monde et les événements de la vie.
 

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