Juin 2015 - www.infochretienne.com - Entretien avec Manon Corvoisier : Chrétienne, bipolaire et surdouée

1- Manon, quand a commencé ta quête de Dieu ?

Ma quête de Dieu a commencé dès ma plus tendre enfance. Alors que je n’étais âgée que de 5 ans, je rêvais déjà de Dieu qui, bien présent dans l’Univers, me protégeait des membres de mon entourage qui me voulaient du mal. Cela me rassurait de sentir que je n’étais pas seule. Puis, une fois devenue adulte, j’ai fait des rêves très poignants avec le Christ, qui était bien incarné, au point que je pouvais le toucher, Lui, vrai Dieu et vrai Homme ! C’était tellement bouleversant que depuis, je n’ai jamais douté que Jésus est le Chemin, la Vérité et la Vie. Donc Dieu s’est révélé à moi par le biais de rêves, puis au cours de mon parcours spirituel très exigeant mais magnifique fait d’amour, de pardon et de guérison.

2- Quand as-tu compris que tu étais malade, et quels ont été les symptômes, pour toi, pour ton entourage ?

J’ai compris que j’étais malade lorsque j’ai été alertée par des symptômes maniaques très angoissants, tels que la kleptomanie ainsi qu’une conduite automobile suicidaire, mettant en danger non seulement ma vie, mais aussi celle des autres. J’étais paniquée de perdre ainsi le contrôle de mes actes, mais, par Grâce, le Seigneur m’a toujours protégée même au coeur de mes phases maniaques ! Quant à mon entourage, je vivais seule, mais ma famille se rendait compte de mes phases dépressives avec mes idées suicidaires, et mon refus de m’alimenter jusqu’à devenir anorexique, donc squelettique.

3- Ton premier livre est préfacé par le célèbre Dr Christian Gay. Que t’a apporté la médecine ?

La médecine m’a apporté la participation à un groupe de psycho-éducation qui m’a permis d’apprendre à apprivoiser les troubles bipolaires. J’ai par la suite développé mes propres techniques psycho-éducatives pour gérer au mieux ma bipolarité de façon exemplaire. Et aujourd’hui, je ne fréquente plus guère les médecins, car je ne supporte aucun traitement médicamenteux sur le long cours depuis ma naissance !

4- Puis tu t’en est sortie. Tu ne prends plus de médicaments, tu as fait un travail sur toi. C’est venu d’un coup ? T’a-t-on aidée ?

J’ai mis en place progressivement mes propres « techniques thérapeutiques », telles que le fait de jouer du saxophone (la « saxothérapie »), de danser et enseigner les danses en couple (la « danse-en-couple thérapie »), de masser et de me faire masser (la « massothérapie »), et de devenir de plus en plus intime avec mon meilleur ami et mon « coach », le Christ !
Oui, j’ai été aidée, mais par exemple, ce n’est pas un psychologue ni un psychiatre qui m’a permis de guérir de la si terrible kleptomanie, mais c’est un pasteur bien inspiré !

5- Les chrétiens ont-ils besoin de théories psychologiques ou de mieux se connaître eux-mêmes ?

La psychologie est utile, mais je pense que notre vraie nature nous est révélée par la connaissance de Dieu et de celui qu’Il a envoyé, Jésus, grâce entre autres par la lecture de la Parole. Par exemple, décidée à suivre les enseignements du Christ, j’ai pardonné à mes « bourreaux » (des pervers narcissiques), ce qui m’a permis de goûter à l’Amour surnaturel de Dieu, qui a été pour moi le meilleur des médicaments afin de me délivrer des troubles psychiatriques !

6- Que recommanderais-tu à un chrétien qui se sent différent et qui sent en lui des forces qu’il ne peut maîtriser ?

Un tel chrétien aurait avantage à en parler à un pasteur formé à la délivrance, qui peut être très aidante dans certains cas. Mais si la situation est à caractère d’urgence, lorsque la personne devient dangereuse pour elle-même ou son entourage, je reconnais que la médecine, voire l’hospitalisation psychiatrique, peut sauver des vies !

7- Et que recommanderais-tu à ses proches, son conjoint ? Le contraindre à se faire soigner ?

Dans le meilleur des cas, les proches et le conjoint d’un malade sont des « aidants aimants ». Je pense qu’il est bien d’inciter la personne malade à lire un livre sur les troubles bipolaires (de préférence un ouvrage dans lequel la personne qui témoigne s’en sort remarquablement bien ! ;-) ) afin qu’elle puisse prendre conscience non seulement de ses troubles, mais aussi du fait qu’il existe des solutions pour s’en sortir. Mais si la personne bipolaire est dans le déni, alors, l’entourage n’a plus qu’à se protéger et à prier pour qu’elle accepte de se faire soigner !

8- Cette découverte de la douance, que tu décris dans ton second livre, que t’a-t-elle apportée à toi, personnellement ? Un regard « hautain » sur les autres ou une meilleure prise sur le réel ?

Un regard « hautain » sur les autres ? Certainement pas ! Mais une meilleure compréhension de ma façon de fonctionner, avec mes hypersensibilités, mon hyperémotivité, mon perfectionnisme et mes questionnements incessants, ça, oui !

9- Au fond, Manon, pourrait-on dire que tu es comme une personne qui se serait cassé un membre et qui aurait terminé sa convalescence : es-tu plus solide après la soudure ?

Tout à fait, je me sens vraiment remplie d’une force nouvelle du fait d’avoir terrassé, avec l’aide de Dieu, les troubles bipolaires et autres comorbidités dont j’étais très sérieusement atteinte. Et je mets cette énergie au service des centaines de lecteurs qui m’ont écrit, parmi les milliers qui ont acheté mon ouvrage, afin de répondre à leurs questions, les encourager et les fortifier. Telle est ma mission : exhorter ceux qui traversent les épreuves que j’ai surmontées afin qu’ils cheminent vers la Vraie Liberté ! Je terminerai par cette citation de Michel Audiard :
« Heureux les fêlés car ils laissent passer la lumière. »
J’aime beaucoup cette “béatitude” qui rejoint celles du Christ. Faudrait-il que je sois “fêlée” pour laisser passer Jésus ? Lui qui est la Lumière, passerait-il par mes fêlures au travers de moi ? Cela peut sembler choquant au premier abord, et pourtant n’est-ce pas en accord avec l’évangile …

Voici une histoire vraie. !
Les Chinois fabriquent des tasses en porcelaine d’une grande finesse. Quand une tasse se casse, ils ne jettent pas les débris, mais recollent délicatement les morceaux avec ... de l’or fin. Ainsi, plus une tasse se casse, plus elle est réparée, et plus elle prend de la valeur ! On trouve encore aujourd’hui de très vieilles tasses recollées de partout avec de l’or fin. Celles-ci ont une immense valeur, et elles sont vendues comme pièces uniques à de riches collectionneurs …

Ne suis-je pas comme une de ces tasses ? Mon Dieu de tendresse répare-t-il mon coeur et recolle-t-il les morceaux brisés de ma vie avec l’or pur de sa miséricorde et de son amour ? Comme la brebis perdue, plus je suis abîmée et plus mon Seigneur me recherche pour me consoler et me guérir ?

La Bible fourmille d’exemples ! Parmi les plus grands apôtres, ne trouve-t-on pas Marie-Madeleine, la femme aux sept démons ou Paul le persécuteur des chrétiens ? Dieu est venu pour les pécheurs, les malades, les handicapés, les «fêlés» ... Alors, j’offre mes fêlures à Jésus ! Si j’expose à Dieu ma part d’ombre, mes ténèbres, mes blessures et mes troubles psychiques, alors Dieu déposera l’or de sa miséricorde en moi. Ainsi, comme un vitrail, laisserai-je passer la lumière !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.