Novembre 2012 - France Catholique et www.hollybuzz.com - Vive la vie

Un malade témoigne de sa guérison, c'est toujours une aventure autant pour lui-même que pour le lecteur. Ici, elle se passe bien, sans doute à cause de la grande franchise du ton employé.

« Moi, Manon, bipolaire » est un livre de témoignage étonnant. Si le titre interpelle, le communiqué de presse, qui évoque une guérison par une expérience de Dieu en lieu et place de médicaments, inquiète. Aurait-on affaire à un illuminisme quelconque qui prônerait de laisser le ciel nous aider sans retrousser nos manches ni utiliser les ressources de la science ?
La lecture du livre est une agréable surprise. Certes, parfois l'auteure se laisse aller à des propos médicaux de spécialiste – « Le médecin m'a prescrit un nouveau thymorégulateur mais je ne vais pas le prendre, comme tous les autres régulateurs de l'humeur, dont certains me font m'empiffrer comme une ogresse ! Je suis intriguée de juguler l'hypomanie par la relaxation et autres thérapies douces. Je suis amusée par mes remèdes atypiques : saxophone, danse de société, massages, lecture de la Bible, écoute de chants de louange, etc. De plus, afin de me débarrasser de la boulimie, je me détends, je m'auto-masse, je danse toute seule chez moi, je joue du saxophone, même à la muette, au milieu de la nuit ! Victoire : j'ai évité de m'auto-détruire par une régurgitation déminéralisante ! » – mais cela passe très bien dans la mesure où elle parvient à toujours faire sentir qu'elle ne témoigne que de sa vie et n'a aucune prétention à offrir de recette universelle. Elle va jusqu'à écrire : « Je ne suis pas médecin. Je leur ai certes tenu tête, voire les ai franchement intrigués. Cependant, je les respecte infiniment et ne veux d'aucune façon les heurter. Je vous conseille donc vivement d'écouter votre psychiatre, que vous soyez névrosé voire psychotique, et surtout de continuer à prendre rigoureusement votre traitement car chaque cas est vraiment particulier ! ».
Le livre se laisse lire d'autant plus facilement que le style est léger. Ce n'est peut-être pas du Victor Hugo mais il y a là un mélange de franchise sans exhibitionnisme et d'optimisme qui ne cache aucune des difficultés rencontrées. Ce qui a pour résultat d'insuffler du courage à ceux qui se dévalorisent.
La partie proprement spirituelle du livre – qui est précédée de petits cailloux blancs semés dans les chapitres précédents par ce petit Poucet de la grande maladie – est annoncée non sans malice : « Allergiques à Dieu, ne lisez pas la suite ! ».
Elle y relate en effet plusieurs épisodes qui, en toute rigueur, auraient du mettre un terme à sa vie, et ce depuis l'enfance. Les sceptiques auront beau jeu de dire que le souvenir réécrit l'histoire ou que la peur fait croire à des issues fatales là où les lois de la physique ne mènent à rien de dangereux, il n'empêche que ces épisodes ont aussi pour résultat concret un bonheur provoqué par la gratitude envers notre Créateur. S'il préfèrent leur « réalisme » triste à ce réalisme total, cela les regarde mais ils ne parviendront pas à rider le sentiment de paix que provoque ce livre chez le lecteur.

« Moi, Manon, bipolaire, de l'enfer à mon chemin de liberté », de Manon Corvoisier. Préface de Christian Gay, psychiatre. Editions Salvator, 190 pages, 19,80 €, ISBN : 978-2-7067-0872-5.

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